Dans le débat sur la culture et le numérique, et si on optait pour l’approche holistique?

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L’opération “Un futur pour la culture” emmenée par la Ministre de la Culture Linard en 2020 avec 52 experts de terrain trouvait son origine dans un constat cinglant lors du premier confinement: la culture serait-elle un secteur non-essentiel? Tensions socio-communautaires, délitement du lien social, crises multiples dont économique, sanitaire ou du sens: ces indicateurs semblent nous dire bien le contraire. En ce qu’elle fixe un horizon commun, en ce qu’elle nous lie et prend soin: la culture apparaît bien loin du “non-essentiel”.

Contexte de pandémie oblige, il n’est pas impossible que résonne en nous plus qu’en d’autres temps ce qu’on appelle “l’approche holistique” en santé.  Du grec “holos” pour “entier”, celle-ci consiste à prodiguer le soin en tenant compte de la globalité de l’être humain. Une approche qui s’avère inspirante tant elle invite à questionner à “quoi de plus grand” tout un chacun contribue, quel que soit le secteur dans lequel il.elle opère.

A ce propos se généralise en ces temps de transition la notion de “responsabilité sociétale de l’entreprise”. La “RSE” de la culture n’est-elle pas de porter ces enjeux sociétaux et d’œuvrer à la participation culturelle, “ferment de la relance” si l’on en croit l’OCDE (Organisation de  Coopération et de Développement Economique)? De tout miser sur l’inclusivité, à l’heure où la notion de “non-publics” gagne du terrain? Et si le numérique était l’un des véhicules pour lancer ce grand chantier de la réinvention?

Et si le numérique était l’un des véhicules pour lancer ce grand chantier de la réinvention?

Au-delà d’un outil qui facilite la vie et fluidifie les processus, le numérique est devenu une culture en soi, avec ses propres codes, son histoire. En ce qu’il impacte notre rapport à l’espace, à nos environnements, le numérique est à la fois milieu, média, espace de socialisation régi par des règles. Ce numérique “que l’on fabrique, mais qui nous fabrique aussi” dixit le sociologue des médias Dominique Cardon. Des propriétés (codes culturels, milieu, histoire…) décidément bien familières au monde des arts et de la culture. Les artistes l’ont bien compris et irriguent en Wallonie et à Bruxelles les canaux de la création numérique. Et pourtant …

Il nous faut aujourd’hui sortir de la vision binaire “analogique ou numérique”

Dans le débat sur la culture et le numérique, il nous faut aujourd’hui sortir de la vision binaire “analogique ou numérique” pour considérer ce second comme un nouveau terrain d’exploration prolongeant l’expérience “in situ”. Abandonner le binaire au profit de la polysémie et de la symphonie qui caractérisent l’expérience culturelle à vivre. Au-delà du streaming, investissons le champ de l’éditorialisation: imaginons comment un théâtre peut devenir média par exemple. Testons des applications de géocatching et de matching pour reconnecter le patrimoine au territoire et à ses habitants. Habitons les réseaux sociaux pour animer des communautés de passionnés, de collectionneurs comme autant de potentiels ambassadeurs qui viendront faire vivre nos lieux. Et j’en oublie certainement, comme par exemple le potentiel inexploré de la blockchain dans le domaine des arts vivants.

Faire le choix du “et” plutôt que du “ou”

Ce qui importe aujourd’hui est de faire le choix du “et” au lieu du “ou”: l’expérience in situ s’augmente et se complète de l’expérience en ligne. Que les acteurs de notre “soft power” (appelés en cette fin 2020 par le Ministre-président wallon à contribuer au rayonnement de la Wallonie à travers le « plan Start ») prennent conscience de leurs “soft skills” pour entreprendre ce virage comme un nouveau territoire à conquérir. Un pas après l’autre, en confrontant rapidement leurs idées au terrain.

En matière de créativité, les autorités régionales ont investi cette dernière décennie dans une solide infrastructure d’accompagnement à l’innovation et à l’entrepreunariat. D’Engine au Click en passant par le Hub-C ou le Plug-R à Liège (liste non exhaustive), ces opérateurs maillent le territoire avec pour mission d’accompagner les porteurs de projets dans la transition vers une économie plus créative.

Des succès alliant culture et numérique sont observés aux quatre coins du territoire, qu’il s’agisse du Wallifornia music tech à Liège, du KIKK festival à Namur, du Museum Lab à Mons,… Ce même territoire regorge d’une offre de formation continue pour faire monter les opérateurs culturels en compétences digitales.

Il semble que tous les ingrédients soient réunis: reste une dynamique de maillage volontariste à initier et un cadre réglementaire à adapter pour adresser l’enjeu de société à l’œuvre dans le débat sur la culture et le numérique.

“Contribuer à quelque chose de plus grand que soi”: soyons ambitieux, car les clés de cette réinvention pourraient ouvrir la voie à un chantier d’une toute autre envergure. En sortant la culture de ses murs, la réinvention de l’espace culturel pourrait bien être un laboratoire pour repenser l’espace public. Aujourd’hui dessinés par les big players du digital, les contours de la ville de demain sont certainement plus prometteurs que ceux de la  “smart city” concédant le tout aux capteurs et à la haute technologie.

A l’heure où s’écrivent à l’Europe et dans les États membres les partitions de la relance post-covid19, gageons que la culture compte parmi les piliers de cette reconstruction. Une culture qui se repense dans un nouvel horizon, pour une Europe ré-enchantée qui s’appuie sur son patrimoine, ses richesses et sa créativité. A ce grand projet, nous pouvons dès aujourd’hui toutes et tous contribuer.

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